[EXCLU] Premiesku : « C’est au tour du son de Roumanie de briller »

Livio & Roby et George G qui composent le trio roumain Premiesku, nous parlent de techno et du genre qui a changé pour beaucoup l’image de la Roumanie. Interview et remix exclusif issu du dernier EP.

Depuis plusieurs années, des talents insoupçonnés ont surgi de l’Union Européenne. Si l’on avait l’habitude des succès anglais (Blawan, Perc…), allemands (Klock, Dettmann…), espagnols (Psyk, Mulero…) ou italiens (Dusty Kid, Tale Of Us…), c’est au tour des Roumains de nous en mettre plein le lobe.

Les voilà tout fraichement débarqués des Carpates avec, dans leurs flight cases, une charge de techno minimaliste que les labels M_nus, Perlon ou plus individuellement Ricardo Villalobos ou Akufen diffusent déjà depuis tant d’années. Mais cette techno roumaine qui n’a pas encore de définition très nette, sous-genre énigmatique national, sorte de transe mentale made in Romania, est devenu un véritable sport national porté par le trio fondateur du label [a:rpia:r] : Rhadoo, Petre Inspirescu et Raresh.

Derrière eux, une nouvelle communauté qui dépasse aujourd’hui les frontières du pays d’origine, reprend le genre, le développe vers de nouveaux horizons et en ressortent finalement un ADN propre : la techno roumaine. Dans le game, Cabanne, Nu Zau, PrasleaSuciu, Diferit, Cosmin TRG, Faster, Ada Kaleh, Triptil, Mihai Popescu, Barac… Mais aussi un autre trio sur lequel nous nous attardons aujourd’hui : Premiesku.

Premiesku

Composé des producteurs Livio & Roby et de George G, Premiesku est ce projet de trois passionnés, bricoleurs de hardware et de gadgets électroniques. De leurs trente doigts réunis, ils expérimentent, improvisent et créent un univers équilibré, mouvant mais surtout prolifique. Car Premiesku c’est ce bourdonnement sonore et lointain du fond du crâne, celui des oreilles qui sifflent sur l’oreiller, quand les pensées divaguent à l’est puis à l’ouest.

Leurs remarquables travaux les ont propulsé sur la plupart des scènes internationales ainsi qu’au cœur de labels reconnus comme Vakant, All In, Desolat, DessousCécille et désormais sur le fameux20/20 Vision chez qui ils ont sorti leur dernier Jojoman EP. En exclusivité, ils nous ont offert le remix du track du même nom signé Djebali, qu’on vous laisse écouter avant de rencontrer ces trois cerveaux cablés ensemble.

RENCONTRE AVEC PREMIESKU

Premiesku

Comment est né Premiesku ?

Roby : Nous nous sommes rencontrés il y a longtemps. Quand j’ai rencontré George par hasard, je crois que c’était en 2002, durant cette année très particulière où j’ai eu l’idée de construire un studio. Nous partagions la même idée, c’était le moment parfait pour faire quelque chose ensemble et démarrer notre aventure.

Deux ans plus tard, une amie me présente Livio : « Je pense que vous iriez très bien ensemble. » Elle avait raison ! Ce fut le point de départ de notre projet Livio & Roby et, pendant cette même période, du développement d’un schéma à trois, Monochrome, que nous avons abandonné après quelques années. En 2009, un nouveau projet naissait : Premiesku. Voilà notre histoire en quelques mots.

Vous présentez Premiesku comme une expérience unique…

C’est vrai, c’est une expérience unique parce que nous avons créé un live basé sur nos jams sessions. Passer du temps à jammer ensemble, laisser aller, combiner et donner toute leur liberté à nos idées, c’est ça notre principal secret. C’est de cette façon que nous mettons au monde nos morceaux, tout est question d’expérimentations.

Tout est question d’expérimentations.

J’espère que nous continuerons à intéresser nos fans à ce projet où notre seul désir est de diffuser nos idées au travers de la musique, et je pense qu’il n’en faut pas plus. C’est notre façon de nous exprimer et les gens qui nous suivent comprennent parfaitement cela.

D’après vous, depuis quand la musique électronique roumaine est devenue si importante ?

Comme nous sommes Roumains et que nous sommes toujours restés connecté à la scène, nous n’avons pas vraiment vu cette transition arriver. Après je pense que c’est normal que ce qui est particulier attire une attention particulière à un moment. On dirait que les choses finissent par payer au final.

Aujourd’hui, c’est au tour du son de Roumanie de briller.

Tous les deux ou trois ans de nouveaux sons sont sous les projecteurs, et aujourd’hui c’est au tour du son de Roumanie de briller. C’était le cas depuis longtemps pour nous mais j’imagine que de plus en plus de monde apprécie cette expérience sonore, et cela fait vraiment plaisir à voir.

Comment se porte-t-elle aujourd’hui à Bucarest ? Peut-on parler d’une ruée vers la micro music ?

La scène ici est encore vraiment underground, dans la continuité de sa discrète naissance. Ces incroyables fêtes qui ne s’arrêtent jamais, c’est vraiment unique. Un décor qui a changé très rapidement pour se transformer en un environnement d’une incroyable qualité, avec des artistes et des nouvelles sonorités en perpétuelle évolution.

Je suis vraiment impressionné et fier de la façon dont les choses grandissent.

Je suis vraiment impressionné et fier de la façon dont les choses grandissent. J’espère vraiment que ça ne s’arrêtera jamais, mais tu ne peux jamais savoir… Ce qui est sûr c’est que cela ne se consumera pas tout de suite, parce que sa nature est complexe, lui laissant une grande place pour encore s’étendre et mûrir.

Quels sont vos clubs préférés là-bas ?

Nous avons énormément de soirées et de clubs mais pour n’en citer que quelques-uns : Guesthouse, Kristal, Eden, Studio Martin, etc…

La plupart de ces fêtes prennent place dans des endroits non conventionnels.

La plupart de ces fêtes prennent place dans des endroits non conventionnels. Donc je pense que oui, Bucarest devrait être sur la carte des soirées en Europe, la scène apporte vraiment une vibe fraîche à la ville et c’est pour sûr un nouveau venu sur ce créneau.

Bucarest

D’une certaine manière, la Roumanie a poussé la techno à un autre niveau, elle est plus subtile et intellectuelle. Est-elle le reflet des Roumains ?

En fait, c’est comme un sous-genre avec des sentiments profonds et uniques. On peut en effet la considérer comme intellectuelle de part sa complexité et ses sonorités. Je crois que ça évolue dans cette direction et je suis content qu’ici les gens s’identifient à cette sonorité. C’est comme une culture, une même manière pour nous d’appréhender les choses entre designers du genre. Je ne peux pas dire que tous les Roumains sont intellectuels, bien sûr que non, mais dans ce cas particulier, c’est un vrai repaire à matière grise.

C’est un vrai repaire à matière grise.

Justement, à propos de ce « son roumain » : vous mélangez des atmosphères dancefloor, deep, parfois mélancoliques. Certaines font même penser à la folie, notamment avec ces voies lointaines et inconscientes. Comment vous construisez vos productions ?

Nous n’avons jamais vraiment pensé à cela, nous ne suivons aucune règles lorsque nous composons. Ça vient comme ça vient. Je pense que tout tourne autour du ressenti que tu as sur le moment, ce moment de création. Il vaut mieux ne suivre aucune direction lorsque tu crées un morceau, même si bien sûr nous avons notre propre « son ». En tout cas, merci des compliments !

Premiesku

Vous êtes plus analogique que numérique. Comment vous combinez vos trois talents en studio ? Et sur scène ?

Il ne s’agit que d’équipements analogiques, que l’on utilise dans nos productions comme sur scène. Nous avons d’ailleurs modifié certaines machines pour qu’elles collent plus avec ce que l’on cherche et nos performances sur scène. L’analogique nous permet d’être plus libres, de faire une vraie jam session comme on l’aime. Tu peux plus t’adapter, et c’est ce qui donne une direction différente à la musique. Nous jammons tout le temps en studio, comme un groupe, et selon les moments nous échangeons les rôles. On trouve plus d’inspiration à programmer ces gadgets qu’en travaillant sur des logiciels.

Parlons de Jojoman EP et des remixes de Guti et Djebali. Après Vakant, Desolat, Overall Music, comment avez vous atterri sur le label 20/20 Vision ?

On est vraiment ravis de ce nouvel EP, nous suivons 2020 depuis longtemps et avons beaucoup de respect pour ce label. Nous sommes vraiment reconnaissants d’avoir eu cette chance. Guti et Djebali sont des amis, on est vraiment contents de les avoir accrochés avec ce projet. C’est vraiment cool !

 C’est quoi la suite pour vous ? Votre prope label ?

On commence l’album après l’été. Et un label va arriver, c’est sûr, mais pour le moment c’est strictement confidentiel.

Jojoman EP est disponible chez Phonica Records

Retrouvez Premiesku sur :         

ENGLISH VERSION

How was born Premiesku ?

Well, we met long time ago, i think was around 2002 when i first meet George by a coincidence and in this particular year i had in mind to build up a studio. I guess that was the perfect moment to do this together, we shared the same concept so this was the point when we started our journey. After 2 years a common friend introduced me to Livio, she said : I think you 2 could get along really well. I guess she was right  and that was the point when Livio & Roby project started. Also in that period all 3 of us were developing a new scheme called Monochrome but we abandon this after couple of years and in 2009 a new breed came to life : Premiesku. This is our story in a few sentences.

Premiesku is about a unique new experience. What are the messages to your fans/followers?

It’s true, it’s an unique experience, we really wanted to create a live act based on our studio jam sessions. Spending time together and jamming gave us a lot of inspiration for our live act. It’s beautiful to combine ideas and this is the main secret i would say. We let loose and give freedom to ideas, this is how we bring tracks to life. It’s all about experiment. I hope we’ll keep the fans interested in our project, we just want to share our thoughts thru music and i guess this is enough, this is how we express ourselves and i think people who follows us understands perfectly the concept.

In your point of view, since when did the electronic Romanian sound become so important?

Being Romanian and staying always connected here, we didn’t quite observe how this transition came along. But I think is normal that special things get special attention at one point. Seems that it pays off in the end. Every couple of years new sounds are spotlighted and now it’s time for the Romanian sound. For us this was for long time but I guess more and more people are getting into this phonic experience and this is really satisfying.

Now, how is the electronic scene in Bucharest ? Can we talk about a « micro music rush » ?

The scene here is really underground following this native rustle. It’s really unique, having this amazing never-ending parties. The setting evolved really quick into an amazing good quality environment letting new tones and artists to evolve. I am really impressed and proud how things are growing. I really hope this will last forever but you never know… for sure will not be a super quick consumption and my guess is because of it’s really complex nature, leaves a lot of space for expanding and maturate.

What are your best clubs over there? Is the nightlife part of the cities development?

We have a lot of clubs and parties, to mention few : Guesthouse, Kristal, Eden, Studio Martin and so on. Many of this parties are taking place in unconventional locations. I think yes, Bucharest should be on the map of Europe nightlife, brings a really fresh vibe to the city and it’s for sure a new comer in this field.

Somehow, Romania bring techno music to another level : more intellectuel and subtile. As the Romanian people is?

Well it’s like a sub-genre and it has an unique deep feeling and yes you can call it intellectual by it’s sonority and complexity. I guess it’s evolving into this direction and i am happy that people here identifies with this sound. It’s like a culture, a national apprehension between the genre designers. I wouldn’t say all romanians are intellectual, for sure not, but in this particular matter it’s a special grey matter hangout.

Now we talk about « Romanian sound » mixing dancefloor, deep, hope, sometimes melancholy and a kind of madness with some unconscious voices. What’s your way of producing?

We never thought about this, we don’t have any rules when we compose, it comes what it comes. I think it’s all about the feeling in that moment, the moment of creation. I think it’s good not to follow any direction when giving birth to a track. Of course we pursue our own sound but besides that it’s nice when other people describes the genre like you actually did.

You rather like using analog than digital. How do you combine your three talents on studio ? And on stage ? What is your working process ?

It’s all about analog gear, we like to use this machines in our productions and on stage. We actually modified some machines in order to fit better with our live act and our needs. I think using analog instruments gives us the opportunity to be more free in the creation process, to be able to make a real jam session and this is what we like. You can be more interactive and this gives a different angle to the music. We’re jamming all the time in the studio like a band and depending on the moment we switch roles. We get more inspired in programming this gadgets than working on a DAW.

What about your Jojoman EP and remixes by Guti and Djebali? After Vakant, Desolat, Overrall Music… Why 20/20 Vision?

We are really excited about this EP, we are following 2020 for long time and we have big respect for this label. We are really grateful to have this opportunity. Guti and Djebali are our friends and we were really happy to hook them up on this project. Exciting !!!

What’s next for you guys? Your own label?

We gonna start an album after the summer. A label is coming for sure but for the moment this is strictly classified.