Kyle Hall

le 01 novembre 2012/ Rex Club

Detroit : kicks et analogisme

publié le 07 novembre 2012 par T.E.O

 

Entrée peu chère, affluence réduite et programmation souvent pointue: tels sont les jeudis du Rex.

Apres un jeudi dernier fort en émotion avec les femmes fortes de Ostgut (Tama Sumo, Virginia), c’est ce soir Kyle Hall, petit dernier de la monstrueuse Detroit et « fils spirituel » de Mike Huckaby (et oui le mec sort de Youthville) qui se lance pour la première fois dans l’arène parisienne. Autant vous prévenir, je n’attendais rien de spectaculaire du mec et pourtant je me vois obligé de relater l’événement, c’est dire.

Naturellement le gars m’intrigue, pourquoi ne le résume-t-on qu’à une simple track : »Ghosten« , néanmoins excellente ? Pourquoi tant d’articles élogieux le concernant ? De quelle trempe, Detroit Wild Oats, son label se réclame t-il ? Ignare que je suis sur ces questions, une entrevue s’impose.

 

Après un mix intense et captivant du duo français Hold Youth la salle s’échauffe rapidement.

Pour Kyle Hall les débuts sont compliqués car sa techno teintée d’ambient très sombre (et ce n’est pas pour me déplaire) contraste avec la musique plus docile des ses prédécesseurs.  Moi qui pensais passer une soirée pépère aux creux des basses ronflantes de ses productions je me suis planté, me voilà alors subitement plongé dans un univers profondément urbain et tortueux. Je comprend vite que le kick et l’analogisme seront mes seuls compagnons ce soir.

Et le gars prend des risques c’est certain, il pousse le sound system du Rex, terrain de jeu monumental, aux limites les plus insoutenables. Il se joue de l’arythmie et provoque d’étranges mélodies aussi simplement que l’on jette un dé à terre. Très vite je sens que le mix de Kyle Hall sort du lot, au lieu de nous proposer un house pre-machée, digérée il nous invite de l’autre coté, bien loin des modes actuelles; plus proche des sorties de Music Man ou bien de Still Music.

Il est tard et j’observe Kyle Hall comme un missionnaire soucieux de convertir la foule à un seul message: indomptable, majestueuse et brutale telle est la vraie musique de Detroit. Je note quelques apparitions jazz qui servent l’ensemble et marque une cohérence magique. En effet le respect des anciens semble être la notion majeure de cette musique, ou comment se nourrir des racines d’une musique pour mieux la comprendre, l’assimiler et donc la communiquer. C’est bientôt la fin, la sueur perle sur son front, le mien et celui de la foule exténuée. La faute à un voyage éprouvant et salvateur mariant avec intelligence héritage, vécu et innovations.

 

Apeuré, désorienté, en colère puis rieur, enchanté, parfois déçu, surpris, puis enfin ébloui par tant de maîtrise.

Ma banale escapade du jeudi soir s’est finalement transformée en une aventure peu commune et riche en émotions.

Car c’est certain Kyle Hall a beau avoir seulement 19 ans (bordel), il a du talent.

Maintenant laissons le temps agir et le génie se développer, et admirons bientôt le dernier prince que Motor City s’est trouvé.

T.E.O